Oser repenser l'avenir de l'aérospatiale avec Catherine Fournier

PAR Sabrina Guillemette

2026-03-30

Savais-tu que Longueuil est une des villes les plus riches en expertise dans le domaine de l’aérospatiale au Québec ? En plus d’être l’hôte de plusieurs compagnies d’aéronautique d’envergure, comme Pratt & Whitney Canada et Héroux-Devtek, Longueuil héberge également des institutions de recherche et de formation de pointe, comme l’Agence spatiale canadienne, l’École Nationale d’Aérotechnique (ÉNA) et le nouveau campus de l’ÉTS dédié au programme de génie aérospatial.

Dès son arrivée en poste comme mairesse en 2021, Catherine Fournier mise sur le développement de cette industrie afin de catalyser l’innovation et faire briller les avancées québécoises à l’international. En 2024, elle réussit à faire reconnaitre Longueuil comme l’un des trois pôles de la zone d’innovation aérospatiale du Québec, aux côtés de Mirabel et Montréal.

Dans cet article, elle nous raconte les défis associés à ce changement d’envergure et nous décrit sa vision à long terme de l’industrie aérospatiale au Québec, en plus de nous expliquer comment le génie peut s’inscrire dans cette vision.

Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre les démarches afin que Longueuil soit désignée comme zone d’innovation en aérospatiale?

Ce qui m’a motivée, c’est d’abord une volonté claire : faire reconnaître officiellement le dynamisme exceptionnel de l’écosystème aérospatial de Longueuil. La reconnaissance, en mai 2024, du pôle de Longueuil comme l’un des trois piliers de la zone d’innovation en aérospatiale du Québec est un accomplissement dont je suis particulièrement fière.

Nous avons la chance de pouvoir compter sur un riche écosystème aérospatial qui s’est développé et consolidé au fil des décennies, avec des entreprises d’envergure comme Pratt & Whitney Canada et Héroux-Devtek, mais aussi des infrastructures et des institutions de premier plan, comme l’Agence spatiale canadienne et l’École nationale d'aérotechnique.

Cela dit, au-delà de ces acquis, je suis convaincue que nous avons tout le potentiel pour aller encore plus loin et consolider notre position comme chef de file de l’aérospatiale, tant au Québec qu’à l’international. En renforçant les collaborations entre les acteurs et en attirant les talents — notamment les femmes en ingénierie — nous pouvons véritablement accélérer l’innovation dans ce secteur névralgique.

Quels défis ou obstacles avez-vous rencontrés dans le cadre de ce projet ?

Nous pouvons déjà être très fiers de l’expertise aérospatiale présente sur notre territoire, à Longueuil. Cette concentration d’acteurs est une force exceptionnelle, mais elle vient aussi avec un défi bien réel : celui de mieux coordonner les efforts pour stimuler l’innovation. Dans ce contexte, j’ai souhaité que la Ville assume un leadership fort, en jouant pleinement son rôle de facilitateur et de catalyseur pour renforcer les collaborations de notre écosystème.

L’un des grands défis d’une zone d’innovation, c’est justement d’éviter qu’elle se limite à une grappe industrielle. Il faut aussi réussir à rassembler les acteurs autour d’une vision commune et maintenir un niveau de dynamisme propice à l’innovation. Cela passe par notre capacité à créer un milieu de vie attractif, capable d’attirer et de retenir les travailleurs, les étudiants et leurs familles.

C’est parce que nous croyons profondément en ce potentiel que nous avons fait des choix structurants, notamment en adoptant un plan directeur pour la zone d’innovation de Longueuil. Ce plan prévoit de réserver les derniers terrains disponibles à des entreprises et des institutions du secteur aérospatial, et la création d’un réel milieu de vie facilitant l’attraction des meilleurs talents.

Dans une perspective de progrès et d’innovation dans l’industrie aérospatiale, avez-vous des projets en tête pour lesquels l’expertise en ingénierie pourrait être mise à contribution ? Si oui, lesquels ?

Les besoins en expertise en ingénierie sont au cœur du développement de notre pôle, tant en recherche qu’en industrie. À Longueuil, les occasions de contribution sont nombreuses et directement liées aux grands défis de demain.

Nous avons fait le choix de spécialiser notre pôle d’innovation dans la transition environnementale du transport aérien, un chantier incontournable pour l’avenir. Cela se traduit déjà par le développement de technologies que l’on imaginait, il n’y a pas si longtemps, comme lointaines — je pense notamment à l’avion électrique, qui devient aujourd’hui une réalité tangible au sein de notre écosystème.

Parallèlement, l’innovation dans le domaine spatial est en pleine effervescence. La présence d’acteurs majeurs, comme l’Agence spatiale canadienne ou l’entreprise Reaction Dynamics contribue à positionner Longueuil comme un pôle stratégique, où les besoins en ingénierie de pointe sont appelés à croître. Que l’on pense à la propulsion de satellites, ou au développement de trains d’alunissage, les défis sont stimulants et nécessitent des profils créatifs, rigoureux et hautement qualifiés.

Ce sont des projets concrets et porteurs de sens pour les futurs ingénieures et ingénieurs, qui permettent d’innover tout en contribuant à la transition écologique et à l’avancement des connaissances.

Avec la forte concentration d’établissements d’enseignement et d’entreprises axées sur l’aérospatiale à Longueuil, quelle est votre vision à long terme pour cette industrie au Québec ?

À long terme, ma vision est celle d’une industrie aérospatiale québécoise à la fois plus agile, plus innovante et pleinement ancrée dans les grandes transformations technologiques. La profession d’ingénieure et d’ingénieur elle-même sera appelée à évoluer avec la transformation numérique, et c’est précisément en misant sur la proximité entre les entreprises et les établissements d’enseignement, notamment à Longueuil, que nous pourrons suivre ce rythme et même l’anticiper.

L’aérospatiale est, par définition, une industrie tournée vers le monde. Je suis convaincue que le Québec a tous les atouts pour se démarquer encore davantage à l’international dans les prochaines années, en particulier dans la décarbonation du transport aérien, qui représente un chantier majeur.

Enfin, la zone d’innovation en aérospatiale du Québec, dont Longueuil est l’un des trois pôles, constitue à mes yeux un levier stratégique pour renforcer notre autonomie, notamment en matière de chaînes d’approvisionnement. C’est un élément clé pour assurer la résilience et la compétitivité de cette industrie, y compris dans des secteurs sensibles comme la défense.

C’est en 2016 que Catherine Fournier devient la plus jeune femme de l’histoire à siéger à l’Assemblée nationale du Québec, à l’âge de 24 ans, en étant élue députée de la circonscription de Marie-Victorin. Élue mairesse de Longueuil en 2021, elle est reconnue pour son ambition et pour sa volonté de faire évoluer les systèmes traditionnels. Ses démarches pour développer la ville de Longueuil et améliorer l’industrie aérospatiale au Québec en témoignent. Nous tenons à remercier sincèrement Mme Fournier d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.